Jean avait peur de vivre

          Il était une fois… Jean. Jean restait chez lui toute la journée, sans oser sortir, par peur qu’il lui arrive malheur. Il ne sortait que très rarement, la plupart du temps, il restait assis sur son canapé, devant la télévision. Mais à force d’avoir peur, Jean était en train de rater sa vie. Jean se répétait qu’il faisait la seule chose qu’il aimait et qu’il était très heureux ainsi, mais son cerveau lui jouait bien des tours car dans le fond, Jean était très malheureux. Il avait bien une passion, une passion qu’il avait oubliée. Jean adorait l’escalade, toucher la roche, la prendre dans ses mains, voir le monde d’en haut. Mais désormais, à la seule idée d’y penser, Jean avait peur. Jean se disait qu’il avait été bien inconscient de monter la roche, qu’il aurait pu mourir, qu’il était mieux sur son canapé. La vie continua ainsi, Jean restait enfermé, à mourir à petit feu.

     Mais comment faire pour inverser les choses ? On pourrait se dire qu’il suffirait à Jean de prendre son courage à deux mains et d’affronter ses peurs, mais c’est toujours plus facile à dire qu’à faire. Et Jean continuait de vivre sur son canapé. Un jour, il tomba sur une émission qui parlait de l’escaladeur : Alex Honnold. Son cœur bondit. En voyant cet escaladeur agripper soigneusement la roche, tout son corps vibrait. Son corps lui criait d’en faire autant, de dépasser ses peurs. Les jours qui suivirent, Jean se sentit déprimé. La télévision ne lui semblait plus aussi attrayant. Il réalisait qu’il passait à côté de sa passion, à côté de lui.

     Dans les jours qui suivirent, de nouveau, il vit des escaladeurs dans des paysages à couper le souffle. A chaque fois, son cœur vacillait, à chaque fois il était fasciné, et à chaque fois, il se sentait de plus en plus minable, seul devant sa télévision.

     Un jour, alors que Jean mangeait des cacahuètes, il en avala une de travers, et faillit s’étouffer. Tout en cherchant sa respiration, il réalisa le ridicule de la situation, il était seul, sans personne pour l’aider. Sa télévision ne pouvait pas faire grand-chose. Jean sortit de chez lui en courant, il ne pouvait pas appeler à l’aide car il n’avait plus d’air, mais il se fit comprendre. Un homme réalisa ce qui lui arrivait et plaça ses mains sur son thorax pour faire sortir la cacahuète. Au bout de quelques instants, la cacahuète sortit et Jean put reprendre sa respiration. Jean remercia chaleureusement l’homme qui venait de lui sauver la vie, et lui proposa de déjeuner avec lui. L’homme qui s’appelait Martin, accepta.

     La vie faisait bien les choses, car Martin était un passionné, il aimait tant la vie qu’il n’en perdait pas une miette. Sur ces mots, Jean lui demanda son secret ? N’avait-il pas de peurs ?

– J’ai des peurs comme tout le monde, quand elles apparaissent, je les regarde en face et je me rends compte qu’elles ne sont pas aussi terribles que je le crois. Elles perdent de leur ampleur. J’ai plus à y gagner en savourant chaque instant plutôt qu’en craignant.
– Et vous êtes très fort, moi je ne sais pas faire, je passe mon temps devant la télévision. Il se passe tellement de choses négatives à l’extérieur que je préfère rester enfermé, c’est plus sûr.
– Mais êtes-vous heureux ?
– Oh vous savez le bonheur, personne ne sait vraiment ce que c’est, et puis vous savez dans ma famille, personne n’a atteint le bonheur alors pourquoi moi je réussirai ?
– Pour montrer le chemin, parce qu’on a toujours besoin de quelqu’un pour nous guider vers le bonheur quand on n’est pas heureux.
– Je n’ai pas de guides.
– Je peux vous aider.

Jean regarda Martin, surpris. Ils ne se connaissaient pas, pourquoi vouloir l’aider à  être heureux ?

– Parce que plus on est heureux, plus on a envie que les autres le deviennent, plus il y aura d’amour et moins il y aura de haine. Vous voulez essayer ?
– Je ne sais pas, il me faudra sortir de chez moi ?
– Oui et tout se passera bien.
– Il m’arrive toujours des choses négatives quand je sors, vous avez sûrement plus de chances que moi, j’ai toujours un truc qui ne va pas.
– Moi aussi, certaines situations moins agréables m’arrivent, mais je choisis de ne pas les regarder négativement. Je choisis de voir ce qu’elles peuvent m’apporter. Allez, je vous emmène dans mon sillage.

     Jean hésita, Martin semblait si heureux, cela lui donnait envie. Et puis, il avait l’air si content de pouvoir l’aider. Qu’avait-il à y perdre ? Des journées, seul, devant sa télévision ?

Jean décida d’affronter ses peurs. Pour commencer, il arrêta de regarder toutes les choses négatives qu’il pouvait voir à la télévision, fini la violence de ses séries. Il regarda de plus en plus de documentaires sur les personnes qui réalisaient des exploits, il se mit à lire des autobiographies et à pratiquer le vélo avec Martin qui était toujours de bon conseil.

Petit à petit, l’envie de reprendre l’escalade fut plus forte que sa peur. Jean s’inscrivit dans un club. Qu’elle ne fut pas sa fierté, quand pour la première fois depuis des années, il réussit à grimper la roche. Jean s’était lancé dans la voie du bonheur.


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