Julie prenait les valises de sa famille sur son dos

     Il était une fois… Julie. Julie n’avait pas vingt-cinq ans qu’elle souffrait déjà d’atroces maux de dos. Ces maux la rendaient maussade et déprimée.

– Elle est bien triste votre fille, répétait-on à sa mère. A vingt-cinq ans, on a la vie devant soi, elle devrait avoir le sourire.

     Les jours passaient, les maux de dos s’accentuaient.

-Je vais finir toute recourbée, se lamentait Julie.

     Julie avait vu de nombreux médecins, le constat avait été sans appel, elle avait une scoliose depuis l’enfance, sa colonne se tordait.  Un médecin avait toutefois ajouté:

-Que portez-vous sur les épaules qui ne vous appartient pas? Quel poids trop lourd pour vous supportez-vous?

Le mal s’intensifiait.

–  Je dois trouver une solution.

Julie se mit à la natation et à réfléchir à la situation. Après plusieurs allers-retours en nage papillon, ses idées s’éclaircirent. Elle portait bien une valise qui n’était pas la sienne, un poids qu’elle traînait et qui prenait de l’ampleur avec les années. Sa mère était dépressive depuis son enfance, Julie s’était mise en tête de la soigner.

Cette nuit-là, Julie fit un rêve. Elle rêva de sa grand-mère qu’elle n’avait pas connue.

– Il faut que tu redonnes les valises que tu as prises à ta mère, garde uniquement ce qui t’appartient. Quand tu pars en voyage, si tu prends les valises de quelqu’un d’autre, tu seras bien embêtée car les vêtements ne seront pas les tiens et ne seront probablement pas à ta taille. Il faut que tu lui redonnes sa valise, sa douleur pour qu’elle puisse s’en occuper.

     A son réveil, Julie se rappela de son rêve et de sa grand-mère, elle se dit qu’elle avait  sûrement raison, mais comment faire? Oui, Julie avait peur. Et si sa maman mourrait par sa faute ? Julie pleura durant des jours et des jours. Elle ne pouvait pas laisser sa mère seule avec son chagrin, elle allait la tuer, comme elle avait tué son grand-père. Julie avait cette croyance depuis l’enfance car elle était née le jour où son grand-père était décédé. Sa maman n’avait pu apprécier les joies de la maternité, rapidement elle était tombée dans la dépression. Julie avait pris sa valise, son chagrin pour, pensait-elle, l’aider à supporter cette tristesse, et même l’espérait-elle la supprimer. Julie ne savait pas encore que seule la personne concernée pouvait digérer sa peine.

     Une nuit, Julie fit de nouveau un rêve, elle rêva cette fois de son grand-père décédé.
– C’était pour moi le moment de partir. J’avais choisi. Tu arrivais sur terre, c’était le bon moment pour moi, ta maman ne serait pas seule.  Maintenant, tu dois redonner à ta maman sa valise afin qu’elle puisse faire son deuil et trouver la voie du bonheur. Elle doit la gérer. Je veux que ma fille soit épanouie et puisse vivre heureuse, alors redonne lui sa valise, elle pourra s’en occuper et s’en libérer.

     A son réveil, Julie se sentit soulagée, et décida que son grand-père avait raison. c’était douloureux à admettre, mais ce qu’elle faisait ne donnait rien de bon. Sa maman ne souffrait pas moins alors qu’elle souffrait du dos.  Elle n’avait qu’une chose à faire.  Julie se leva, non sans difficulté, alla voir sa maman et lui dit :

-Maman, je te rends ta valise, ta tristesse d’avoir perdu grand-père. C’est à toi de t’en occuper. C’est à toi de te guérir. Tu es la seule à pouvoir faire ton deuil.

     En revenant dans sa chambre, Julie réalisa qu’elle avait déjà moins mal au dos, mais que le mal n’avait pas  complètement disparu. Les jours passèrent, une douleur persistait.

     Alors, de nouveau, Julie rêva de sa grand-mère.

– Tu dois me redonner ma valise, Je suis morte de chagrin, mais cette valise m’appartient. En me redonnant ma valise, tu pourras être heureuse, c’est la chose la plus importante. Tu dois faire la même chose que pour ta mère.

     Quand elle se réveilla, Julie se demanda comment elle pouvait redonner la valise à sa grand-mère alors qu’elle était morte. Et puis, une idée lui vint. Elle pouvait toujours lui parler la nuit venue puisque sa grand-mère lui était toujours apparue en rêve.

     La nuit suivante, Julie pensa très fortement à cette grand-mère qu’elle n’avait pas connue.
– Grand-mère, je te redonne ta valise, c’est à toi de t’en occuper, moi je peux seulement m’occuper de mes valises. J’appartiens à ta lignée, mais je refuse ton chagrin. Il est à toi.
– Merci, entendit Julie, merci de me rendre mon chagrin, la seule chose que je souhaite c’est que tu trouves le bonheur, que tu nous libères de cette malédiction du chagrin. Oui, en nous redonnant nos valises, tu nous libères de notre cage. Chacun va pouvoir digérer librement. Tu nous redonnes notre liberté. Merci.

     A son réveil, Julie se sentit soulagée. Elle savait désormais que la seule chose qu’elle devait faire c’était de vivre et d’être heureuse. Le mal de dos disparut petit à petit, Julie put commencer à trouver la voie du bonheur.


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