Mireille n’arrivait pas à lâcher prise

     Il était une fois Mireille… Mireille contrôlait tout dans sa vie et dans celle des autres. Rien n’était laissé au hasard. Mireille avait un fils, Antoine, elle estimait qu’elle était la seule à savoir ce qui était bon pour lui. Son mari, ne faisait jamais assez bien, il oubliait toujours un vêtement, ne le couvrait pas assez ou trop. Il n’y avait qu’elle qui savait, il n’y avait qu’elle qui pouvait gérer la situation. A l’école, Mireille avait toujours quelque chose à reprocher aux enseignants. Trop de devoirs, pas assez, trop sévère, pas assez. Son fils avait peu d’espace et d’air. Surprotégé, il avait des difficultés à trouver sa place.

     Mireille avait vécu un grand malheur dans sa vie et depuis elle avait besoin d’avoir la main mise sur tout ce qui l’entourait. Cela lui procurait un sentiment de sécurité, mais à force de tout contrôler, Mireille avait perdu le sel de la vie. Mireille voulait vivre dans le prévisible, elle vivait dans l’angoisse perpétuelle. Son fils en souffrait beaucoup, et petit à petit il devint un adolescent très angoissé, à croire que le pire pouvait toujours lui arriver. Antoine s’attendait toujours à un évènement négatif. Quand Antoine tomba amoureux, il ne tarda pas à partir, il ne voulait pas avoir mal le jour où on le quitterait, car il en était sûr, personne ne pouvait rester avec lui.

     Un matin, Antoine fit une grosse crise d’angoisse.

– Et bien alors qu’est-ce qui t’arrive Antoine, lui dit Mireille.
– Je ne peux pas aller au lycée.

     Antoine se mit à paniquer et retourna se coucher. Mireille appela pour prévenir que son fils était malade. Encore une fois, c’est moi qui vais le remettre d’aplomb se dit Mireille. Il n’y a vraiment que moi qui puisse le faire. Mais cette fois, et comme toutes les suivantes, Antoine n’arriva pas à sortir de l’angoisse. L’idée de mettre un pied dehors le mettait dans un état de panique. Mireille commença alors à en vouloir à son fils.

– Mais alors, c’est de la paresse, maintenant, tu dois te lever et aller au lycée, tu vas rater ton bac.
Que vont dire les gens, pensait Mireille. Un fils qui ne va plus à l’école, cela ne fait pas bon genre. Tout le monde va penser que je suis une bien mauvaise mère.
– Le plus important c’est que ton fils aille mieux non ?
Mireille se retourna, surprise, avait-elle pensé tout haut.
– Ne t’inquiète pas, tu n’es pas folle, lui dit une femme qui se trouvait à ses côtés, j’ai vécu la même chose que toi il y a quelques années.
– Comment ça ?
– Moi aussi je contrôlais tout, ma vie, celle de mes enfants et puis un jour, j’ai regardé les choses en face, et j’ai vu le malheur dans leurs yeux. A force de tout contrôler, je leur avais donné toutes mes angoisses, leur faisant croire qu’ils étaient incapables d’agir par eux-mêmes.
– Antoine n’est pas malheureux, il a un passage à vide.
– Je ne voulais pas voir les choses en face, et puis j’ai décidé de me faire aider. Petit à petit, j’ai lâché prise sur mes souffrances, je les ai regardées en face et je les ai laissées. Je voulais être heureuse, je voulais que mes enfants aient un exemple de bonheur.
– Je suis heureuse et mon fils l’ait également.

     Il faut souvent du temps pour s’observer avec vérité. Plusieurs semaines passèrent avant que Mireille ne réalise. Son fils allait de plus en plus mal, il restait scotché à ses jeux vidéo, sans oser sortir.

     Quand Mireille accepta la situation, elle décida de changer.
– Je veux voir la vie avec légèreté, décréta Mireille à son fils.
Son fils la regarda, surpris, lui qui avait l’habitude de voir sa maman tout contrôler.
– Et comment comptes-tu faire ?
– Je ne sais pas. Mais j’imagine que la légèreté, cela s’apprend ?
– Oui sûrement. Mais par qui ?
– Quelqu’un qui est léger.
– Madame Artaud.
– Bonne idée.

     Ainsi, Mireille décida d’aller voir Madame Artaud, une voisine qui voyait chaque journée comme une nouvelle invention. Madame Artaud avait cette capacité de profiter de chaque instant et de se laisser guider par la vie.

– Quel est votre secret, lui demanda Mireille. Moi, je dois toujours faire les mêmes choses, je dois tout prévoir, tout anticiper pour ne pas angoisser sinon je panique.
– Je fais confiance à la vie, je sais qu’elle va m’apporter tout ce dont j’ai besoin.
– Mais comment pouvez-vous être aussi confiante ? Avec toutes les maladies, toutes les choses négatives qu’il nous arrive dans la vie.
– Je sais qu’il m’arrive exactement ce dont j’ai besoin pour évoluer ou me remettre dans le bon chemin.
– C’est parce qu’il ne vous est jamais rien arrivé de malheureux.
– L’année dernière, j’ai été licenciée, je me suis retrouvée au chômage. Après plusieurs semaines de réflexion, je me suis rendue compte que je n’aimais plus mon travail de boulangère, j’avais envie d’autres choses. Il m’a fallu quelques temps pour rebondir et trouver ce que je voulais. Aujourd’hui, je travaille dans une crèche et je suis très heureuse, car désormais ce travail me correspond beaucoup plus. J’ai été très heureuse dans les boulangeries, mais comme le monde, nous évoluons, nos envies changent. Alors, les aléas de la vie me font comprendre certaines choses.
– Je vous envie, moi je ne sais pas faire, je suis comptable, et je le resterai toute ma vie, je ne peux pas me permettre de changer, avec la crise, jamais je ne trouverais autre chose.
– Vous n’êtes pas obligée de changer les éléments très importants de votre vie dans un premier temps, vous pouvez très bien changer des routines qui ne vous conviennent plus.

     Quand elle rentra chez elle, Mireille réfléchit aux habitudes qu’elle avait depuis des années, par peur de les changer. Elle partait en vacances, toujours au même endroit, faisait ses courses toujours le même jour, achetait les mêmes produits, confectionnait les mêmes menus.

     Pour commencer, Mireille décida de manger autre chose que du boudin le vendredi, elle n’en était pas vraiment friande, mais depuis enfant, sa maman achetait du boudin le vendredi, et Mireille avait perpétué la tradition. Pour la première fois, elle prépara une quiche. Mireille se rendit compte que rien de grave ne s’était passé. La nouveauté lui avait même fait du bien.

     Chaque jour, Mireille essaya de changer quelque chose. Un jeudi, alors que c’était le jour des courses, elle décida de ne pas s’y rendre. A 17H30, elle se sentit angoissée, à l’idée de ne pas s’y trouver, allait-il lui arriver malheur quand elle y retournerait ? Un incendie, un accident ? Mais le samedi, quand elle s’y rendit, tout se déroula très bien, et même encore mieux que d’habitude car elle rencontra plusieurs amies avec lesquelles elle discuta. Elles improvisèrent une petite promenade. Le changement avait du bon.

Petit à petit, Mireille changea quelques habitudes et apprécia de plus en plus. Tout ne se fit pas du jour au lendemain, mais avec volonté et patience, Mireille évolua, et son fils se sentit soulagé. Petit à petit, lui aussi retrouva confiance en la vie. Il sortit chaque jour un peu plus et put reprendre le chemin de l’école.

    Bientôt, Mireille examina les blessures du passé qui la rendaient si contrôlante. Il fallait du temps, mais selon les dernières informations, Mireille avançait chaque jour vers une liberté intérieure. Avec courage, Mireille conquérait son bonheur.


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