Joséphine était toujours endettée

     Il était une fois… Joséphine. Chaque année, Joséphine s’endettait pour s’acheter les plus belles tenues, elle devait toujours être irréprochable. Elle se répétait qu’elle n’était heureuse que bien habillée et bien maquillée. A ses yeux, une belle tenue coûtait forcément cher. Les années passèrent et la situation ne s’arrangea guère avec l’arrivée de ses deux enfants, Paul et Eléonore. Son crédit augmentait. Joséphine avait besoin qu’on s’extasie sur la beauté de ses enfants, son bon goût.

Eléonore devint une belle et grande jeune fille, mais au grand malheur de sa mère, détestait les robes et les froufrous. Eléonore aimait grimper dans les arbres, fabriquer des objets en bois, sauter dans les flaques. Eléonore détestait les habits que lui mettait sa mère.

– Je ne peux rien faire avec ta robe, répétait souvent Eléonore.

Ainsi, ce n’était pas rare de voir Eléonore se promener en collants troués. Cette situation déplaisait à Joséphine. Comment elle, aussi coquette, avait pu faire une fille pareille ? Joséphine avait bien essayé de la modeler, elle lui répétait sans cesse comme elle était jolie en robe, comme ce nœud dans ses cheveux lui allait bien, mais Eléonore était imperméable. Elle, ce qu’elle aimait, c’était jouer dehors. Faire les boutiques avec sa mère, très peu pour elle. Joséphine se sentit très en colère et se mit à rejeter sa fille, non ce n’était pas possible qu’elle se comporte ainsi. Sa fille lui faisait honte, elle n’était pas à son image.

Eléonore ressentit ce rejet et se replia de plus en plus sur elle-même. Elle devint une adolescente casanière. Sa mère continuait de lui acheter les plus belles robes, et si enfant, elle pouvait sortir en collant, adolescente, elle n’osa plus et se sentit, comme déguisée. Mal dans sa peau, Eléonore commença à prendre du poids. Elle aurait voulu faire de l’escalade, mais sa mère l’inscrivit à la danse classique. Elle aurait voulu faire du cheval, mais sa mère lui fit faire du piano.

– C’est ce que font toutes les filles bien élevées, lui disait-elle.

Sa mère invitait ses copines et forçait Eléonore à aller discuter avec leurs filles dans sa chambre. Eléonore qui détestait parler vêtements et autres accessoires de mode, s’ennuyait, et fut rapidement rejetée.

     Alors, un jour, Joséphine décida d’emmener Eléonore chez un psychologue. Ce dernier vit plusieurs séances Eléonore avant de la voir accompagnée de Joséphine.

– Quel est pour vous le problème madame ? demanda l’homme.
– Le problème c’est que ma fille est rejetée, elle ne veut pas s’habiller, elle a pris du poids. Rien ne va pour elle, je m’inquiète.
– Qu’est-ce qui vous embête le plus ?
– Je ne veux pas que ma fille soit rejetée, elle doit faire partie du grand monde, j’ai lutté pour y arriver.
– C’est quoi pour vous le grand monde ?
– Le monde de l’élégance, de l’argent. Eléonore veut s’habiller comme un sac, mais je ne peux pas la laisser faire, je ne peux pas la laisser se détruire.
– Se détruire ?
– Oui, si elle s’habille mal, personne ne l’invitera, elle sera rejetée.
– Et toi Eléonore qu’est-ce que tu veux ?
– Je veux faire de l’escalade, je veux pouvoir me mettre en pantalon.
– Non, ça ce n’est pas possible.

Joséphine était intransigeante. Sa fille était dans l’erreur.

Eléonore se leva et cria.

– J’en ai assez, depuis toute petite, tu m’habilles comme si j’étais une poupée, pour me présenter à la société, mais je ne suis pas une poupée, je suis une fille qui aime l’escalade, les pantalons. Je n’en ai rien à foutre des apparences, ce que je veux c’est être heureuse.

Joséphine fut surprise, elle n’avait jamais vu sa fille dans un tel état. Elle avait l’habitude qu’Eléonore ne dise mot.

– Moi aussi je veux que tu sois heureuse et c’est pour cette raison qu’il faut que tu t’habilles bien.
– Pourquoi ?
– Parce que je ne veux pas qu’elle subisse la même chose que moi !
Joséphine s’effondra.
– Enfant, quand j’ai changé de ville, on m’a traitée de bouseuse car je ne m’habillais pas très bien, je venais de la campagne et mes parents ne connaissaient pas les codes, pour eux, les vêtements devaient être confortables. Maintenant, je suis une femme de la ville. Je ne veux pas que cela recommence, je ne veux pas que ma fille me trahisse.
– Vous trahisse ?
– Oui, si ma fille s’habille comme un sac, mes amies vont découvrir d’où je viens. Elles vont s’éloigner et je vais les perdre.

Joséphine pleura, elle ne voulait pas tout perdre.

– Tu as souffert d’être rejetée, mais c’est moi que tu rejettes, se mit à crier Eléonore.

Joséphine en prit conscience, elle avait désormais le choix. Accepter sa fille telle qu’elle était ou continuer à se cacher. Bien sûr, elle aimait sa fille, mais si ses amies la quittaient, qu’allait-elle devenir ? Elle finirait seule, elle mourrait seule, dans l’oubli et l’indifférence de tous. La peur avait pris le pas sur l’amour.
Il fallut du temps et un évènement marquant pour que Joséphine agisse.  Elle était chez elle avec ses amies, quand elle décida d’aller chercher dans sa chambre la dernière robe qu’elle avait achetée. Les filles de ses amies discutaient, Joséphine s’attarda derrière la porte pour écouter.

– Tu es laide et grosse. Ta mère est belle, mais toi tu es moche.
– Personne ne t’aime à l’école.
– Tu nous fais honte, on vient chez toi, uniquement parce que nos parents ont pitié de toi.

     Le cœur de Joséphine vacilla. Elle rentra dans la chambre.

– Sortez de là !

     Tout le monde se retourna surpris. Eléonore était en pleurs. Joséphine la prit dans ses bras.

– Je suis désolée ma chérie. C’est toi qui as raison. Il faut que tu fasses comme tu le ressentes. Fait ce que tu aimes, habille-toi comme tu le souhaites et surtout sois avec des personnes qui te correspondent. Sois authentique.

     Joséphine pleura à son tour. Ses amies arrivèrent et Joséphine expliqua ce qui se passait. Elle décida qu’il était temps de se montrer sous son vrai jour. Certaines ricanèrent, une fille de la campagne, très peu pour elles, d’autres se turent. Peut-être avaient-elles également quelques secrets bien dissimulés !

     Les jours d’après, Joséphine ne fut plus invitée à certaines soirées, mais en fut invitée à d’autres. Joséphine n’eut plus besoin de faire semblant. Elle remboursa son crédit et arrêta de s’endetter.

     Désormais Joséphine pouvait être vraie. Son corps et son cœur se détendirent. Eléonore s’épanouit.

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