Samantha n’avait pas conscience de ses atouts

 

     Il était une fois… Samantha. Samantha ne se sentait pas très bien ces derniers jours, elle était fatiguée, elle se sentait lasse, ses enfants l’agaçaient, avec leurs pleurs, leurs cris, leurs révoltes. Parfois, elle rêverait d’enfants calmes, les mêmes que ceux de son amie Louise. Samantha avait deux enfants, de huit et neuf ans. Deux garçons, Romain et Nicolas, les vacances d’avril approchaient et elle n’en pouvait déjà plus. Samantha travaillait, mais depuis la naissance de son deuxième, elle n’avait plus vraiment de motivation, ni dans son travail, ni dans sa vie. Samantha voyait Louise chaque semaine. Louise était fine et souriante, ses enfants dormaient bien et n’étaient pas des piles électriques.

Le mari de Samantha était un homme généreux et plein de bonne volonté, il voyait bien que Samantha n’allait pas bien, mais il ne savait pas comment l’aider.

– Tu devrais arrêter de voir Louise chaque semaine.
– C’est mon amie et je devrais prendre exemple sur elle. Louise reste toujours calme avec ses enfants, tu as vu comme ses enfants sont calmes ? Les nôtres ont un problème.
– Pourquoi veux-tu qu’ils aient un problème ?
– On a toujours galéré avec eux, le sommeil, l’agitation, les problèmes scolaires.
– Et Louise a dû galérer sur d’autres points.
– Non pas Louise, la vie lui a toujours souri, alors que moi, j’ai toujours eu des difficultés, la vie est injuste.

Le mari de Samantha avait toujours entendu ce discours dans la bouche de sa femme. « La vie est injuste ». Samantha avait essayé d’appliquer les méthodes de Louise. Elle proposait les activités que faisait Louise avec ses enfants, peinture, jeux de société, mais à chaque fois, ses deux garçons se lassaient au bout de quelques instants. Samantha s’agaçait, elle était une mauvaise mère et ses enfants n’étaient vraiment pas agréables. Au fil des années, Samantha perdit confiance en elle. Elle criait de plus en plus sur ses enfants, était de moins en moins patiente et avait fini par arrêter toutes sortes d’activités avec eux.

Un jour, la maîtresse de Romain demanda un rendez-vous. Samantha s’angoissa et disputa son fils.

– Qu’as-tu encore fait ? Pourquoi veut-elle me voir ?
– Mais je ne sais pas.
– J’en ai assez d’avoir des enfants pareils. Tu t’es battu ? Tu as trop parlé en classe ?
– Non, je t’assure.

     Pendant deux jours, Samantha se sentit sur les nerfs. Elle allait être critiquée. On penserait qu’elle ne savait pas élever ses enfants.

Deux jours plus tard, Samantha arriva stressée à son rendez-vous. La maîtresse la pria de s’asseoir.

– Qu’a encore fait Romain ? Il n’a rien voulu me dire.
– Oh rien du tout, bien au contraire. Nous avons commencé un cycle de basket en sport. Romain est excellent. Il m’a dit qu’il ne jouait pas dans un club, mais je vous assure qu’il est vraiment bon et surtout il adore ça. Il ne joue plus qu’à ça durant toutes les récréations. Il me demande le ballon et il va s’entraîner devant le panier. Je crois qu’il pourrait y passer des journées entières.
– Ah.
– Vous devez le savoir, Romain est un grand sportif, mais là c’est quelque chose qui le motive vraiment.

En écoutant parler la maîtresse de Romain, Samantha réalisa qu’elle s’était focalisée sur les activités de Louise qui correspondaient à ses enfants, mais jamais elle ne s’était dit que peut-être, elles ne convenaient pas aux siens. Pendant toutes ces années, elle s’était crispée, sans observer vraiment ses fils. Romain était un enfant sportif qui avait besoin de se dépenser, les activités manuelles, cela l’ennuyait rapidement. Samantha remercia la maîtresse et repartit chez elle, le cœur lourd. Elle avait tout raté, tous ces cris, ces agacements n’étaient le résultat que d’un mauvais discernement. Elle n’avait pas vu combien son fils était doué pour le sport.

– Je suis nulle, se lamenta Samantha auprès de son mari, je n’ai pas su voir les qualités de mon fils.
– Moi non plus, on est tous les deux fautifs et puis il n’est pas trop tard. Romain n’a que neuf ans.
– Oui, mais imagine toutes ces années que j’ai passé à le disputer parce qu’il ne tenait pas en place, dans les repas de famille. J’étais toujours concentrée sur les enfants de Louise, sans voir les qualités des miens.
– Je crois que l’important, c’est de s’en rendre compte, voilà une belle leçon que t’offre cette maîtresse. Arrête de te comparer aux autres. Les enfants de Louise ne sont pas mieux que les nôtres, mais sûrement que Louise a une meilleure conscience des besoins de ses enfants. Elle avait sûrement perçu leur attrait pour les activités manuelles. Et puis, Louise a toujours aimé ça également. On ne peut pas dire que cela soit quelque chose que tu adores non ?
– Bah si.
– Ah bon ? Sois honnête avec toi-même, tu détestes ça. Tu te forces pour faire comme Louise, mais c’est tout ?
– Peut-être un peu, mais c’est important de savoir faire des choses de ses mains.
– Oui, mais si tu n’aimes pas.
– Aujourd’hui, tout le monde fait soi-même les choses.
– Peut-être, mais je trouve cela triste de faire des choses que l’on n’aime pas.

     Le soir-même, Samantha réfléchit à la discussion qu’elle venait d’avoir avec son mari. Durant toutes ces années, elle avait envié Louise et tenté de faire comme elle. Confectionner ses serviettes de table à la machine à coudre, des sets de table… A chaque fois, elle trouvait que c’était moins bien réussi. Mais n’était-ce pas normal ? C’était la passion de Louise, pas la sienne.

     Le week-end suivant, Samantha partit acheter un panier et un ballon de basket. Elle voulait faire la surprise à son fils. Son mari le monta pendant que Romain et Nicolas étaient partis chez des copains. A leur retour, les yeux de Romain brillèrent.
– Je suis désolée Romain, je n’ai pas vu combien le sport, et plus particulièrement le basket était vital pour toi.
Romain embrassa sa mère et prit le ballon pour jouer.

      Pour la première fois, les vacances scolaires se passèrent sans cris. Romain passa ses journées à jouer au basket, seul, avec son frère ou avec des copains qu’il invitait. Samantha décida de l’inscrire pour l’année suivante dans un club et inscrivit son plus jeune garçon au hip-hop car pendant ces mêmes vacances, elle observa avec enthousiasme son plus jeune fils et constata qu’il aimait la musique et danser.
Samantha comprit que ses enfants n’étaient pas nuls, mais différents des enfants de Louise. Elle avait à la maison des sportifs. Elle réalisa qu’elle avait aussi des atouts, mais qu’au contraire de Louise, elle ne les connaissait pas, et donc ne les mettait pas en avant.

     Samantha décida qu’il était temps d’apprendre à se connaître pour trouver la voie du bonheur.

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